

La montée
d'un nouveau syndicalisme en Iraq
Une délégations de syndicalistes américain-e-s
font rapport :
la montée d'un nouveau syndicalisme en Iraq
Par Alan Maass - 31 Octobre 2003
"La chose qui m'a le plus encouragé c'est que sous les
conditions les plus difficiles que l'on puisse imaginer, les travailleurs
n'attendent pas une minute avant de commencer à s'organiser."
C'était le rapport du journaliste syndical David Bacon, qui
est allé en Iraq avec une délégation de U.S.
Labor Against the War (Syndicalisme américain contre la guerre,
USLAW) et des militant-e-s de syndicats français.
Ce que Bacon --avec Clarence Thomas, l'ancien secrétaire-trésorier
du local 10 de l'International Longshore and Warehouse Union-- a vu
en Iraq est passé innaperçu dans les médias mainstream
qui se concentrent seulement sur "les soldats et les rebelles"
(dixit Bacon).
"Nous devons nous rappeler qu'il y a des millions de travailleurs
en Iraq", dit Bacon après un forum au congrès national
de USLAW à Chicago, lors duquel il faisait rapport sur son
voyage avec Thomas, la fin de semaine dernière. "Ils essaient,
premièrement, de survivre à cette expérience
-- ce qui veut dire aller travailler, nourrir leur famille, trouver
un logis pour eux au milieu de circonstances très difficiles."
Plus de six mois après l'effondrement du gouvernement de Saddam
Hussein et la promesse des officiels américains de "reconstruction
de l'économie", le chômage en Iraq est estimé
à 70%. Donc, juste survivre au jour le jour est littéralement
le défit énorme de la majorité de la population
du pays.
"L'augmentation de salaire de 30% et les prêts et les terres
promises par Paul Bremer [le numéro 1 américain à
Bagdad] il y a trois mois ne se sont toujours pas matérialisés"
écris Ewa Jasiewicz, du International Occupation Watch Center
à Baghdad, qui a voyagé à travers l'Iraq avec
la délégations de USLAW . Pour ceux qui travaillent,
le salaire moyen est de 60 par mois --la paie d'urgence décrétée
par les occupants américain du Coalition Provisional Authority
(CPA).
Le salaire était exactement le même sous Saddam --mais
les iraquiens recevaient également de la nourriture et une
aide au logement qui ont disparue sous le règne américain.
"Donc le revenu réel des travailleurs iraquiens a baissé,
dit Bacon, et c'est sans compter la valeur d'échange et donc
le prix de tout ce qui est importé."
Mais aussi désespérées que peuvent être
les conditions maintenant, les iraquiens qui ont rencontrés
Bacon et Thomas disent que ce qu'ils craignent le plus n'est pas encore
arrivé -- que les maniaques du libre marché de Washington
réussissent à aller de l'avant avec leurs plans de privatisations
pour l'Iraq. Déjà, le CPA a légalisé la
propriété à 100% étrangère d'entreprises
iraquiennes et a mis la taxe d'affaire pour "l'Iraq nouvelle"
à 15%.
Quand il est question des syndicats, cependant, "les autorités
d'occupations ont trouvé une loi passée par Saddam Hussein
qu'elles aiment : une loi de 1987 qui dit que quiconque travaille
pour une entreprise étatique est considéré comme
un fonctionnaire" dit Bacon. Ça veut dire que les travailleurs
de l'industrie pétrolière iraquienne, par exemple, n'ont
légalement pas le droit de s'organiser en syndicat selon une
loi de l'ère Saddam que les officiels américains refusent
de reconsidérer.
"Et pour la soutenir, dit Bacon, en juin Bremer a publié
une autre régulation à propos des "activités
interdites". L'item B des activités interdites est d'encourager
quiconque d'organiser tout type de grève ou de perturbation
dans une usine ou tout type d'entreprise économique d'importance.
Et la punition pour cela est d'être arrêté par
les autorités d'occupation et être traité en prisonnier
de guerre."
Comme le dit Clarence Thomas : "l'administration Bush crée
une image fictive qui ressemble à ceci : si on quitte l'Iraq,
il y aura le fondamentalisme islamique, des tensions ethniques et
toutes sortes de chaos. Et ce dont ils ont vraiment peur c'est de
la démocratie. Ils ne veulent pas voir les travailleurs iraquiens
s'organiser et avoir du pouvoir -- avoir des droits syndicaux."
Là dessus, les hommes de Washington n'ont pas eu le dessus.
Quelques jours après l'invasion américaine et la chute
de l'ancien gouvernement, des travailleurs iraquiens dans des usines,
dans les ports et dans l'industrie pétrolière ont commencés
à s'organiser. "Ils ne veulent pas s'organiser seulement
pour avoir une hausse de salaire, dit Bacon, mais aussi pour se battre
pour avoir le contrôle de leurs emplois et le contrôle
des institutions pour lesquelles ils travaillent."
Clarence Thomas dit que le nouveau mouvement syndical iraquien est
principalement façonné par deux groupes. L'un d'eux
est le Mouvement pour des syndicats ouvriers démocratiques,
une fédération syndicale indépendante qui a été
forcée à la clandestinité dans les années
1980, quand elle a été la cible d'attaque des baathists
de Saddam. Ces vieux militants prennent avantage du démentellement
de la vieille police secrête pour réémerger comme
une force organisée, formant le coeur d'une toute nouvelle
Fédération iraquienne des syndicats qui a été
lancée en mai.
Au même moment, de plus jeunes militants -- incluant des membres
du Parti communiste ouvrier-- prennent leurs propres initiatives,
la plus connus et la plus grosse étant la formation de l'Union
des chômeurs d'Iraq. Les deux groupes de militants sont opposés
à l'occupation américaine, dit Thomas.
La principale différence, dit-il, est que les syndicats associés
à l'Union des chômeurs "ne sont pas dutout hésitant
à supporter une action syndicale, malgré les divers
décrêts interdisant l'organisation syndicale et les grèves."
Les plus vieux syndicalistes, dit Thomas, "ne pensent pas qu'il
est prudent d'organiser des actions sur les lieux de travail et des
manifestations publiques parce qu'ils pensent que ça peut être
exploité" par des éléments de l'ancien régime
qui résistent à l'occupation.
Quoi qu'ignoré par la presse internationale, le désir
de prendre position pour des conditions décentes et de meilleurs
salaires au travail touche toutes les parties du pays. Dans un rapport
récent, Ewa Jasiewicz décrit la lutte de travailleurs
d'une usine de briques qui fait partie d'un complexe industriel majeur
à 30 miles à l'est de Bagdad.
Après avoir endurés des conditions terribles -- et un
salaire de 3 000 dinars par jours, soit l'équivalent de 1,50
pour un chiffre de 14 heures-- les trois-quart de la force de travail
a débrayé en octobre. Ils ont marchés jusqu'aux
bureaux de l'administration et ont demandé une augmentation
salariale, un contrat de travail formel, des instalations médicales
sur le site et une pension de retraite.
"Le propriétaire ne se doutait pas dutout qu'un syndicat
s'était formé et il leur a dit "parfait, faites
votre grève, je vous licencie, d'autres vont prendre votre
place, écrit Jasiewicz, les travailleurs ont répondus
en allant chez-eux chercher des armes et ont formés spontanément
une ligne de piquetage armée."
"Armés de mitrailleuses et de Kalashnikovs, les ouvriers
ont gardés l'usine et ont défendus leur grève
contre les scabs. Le propriétaire, moins bien armé,
a fini par accorder aux ouvriers une hausse de 500 dinars --25 cents--
et a accepté d'entrer en négociation à propos
des bénéfices sociaux et de santé. La grève
a été vue comme un succès massif par tout le
monde."
David Bacon dit que les groupes antiguerre pourraient faire beaucoup
en se concentrant sur des luttes comme celle-ci, au moins pour que
"les gens aux États-Unis puissent regarder l'Iraq et voir
des gens", dit-il. Également, faire connaître la
vérité sur les luttes syndicales en Iraq peut ajouter
à la remise en question grandissante de l'occupation américaine
quand, par exemple, des syndicalistes américains apprendront
que les politiciens de Washington ont fait de la syndicalisation un
crime en Iraq. "C'est inspirant, du Bacon à propos des
histoires de militantisme d'iraquiens ordinaires, parce que l'on peut
comprendre ce que sont les difficultés et comprendre que les
gens font des trucs courageux et qu'ils prennent des risques."
Et il continue : "il y a quelque chose de très familier
dans tout ça. Les circonstances sont différentes, la
langue est différente, le type de problèmes auxquels
les gens font face sont quelques fois familiers, quelques fois différents.
Mais l'expérience de se tenir debout dans une usine et de parler
aux ouvriers à propos de leurs problèmes et entendre
ce qu'ils ont à dire, ça ça m'est très
familier. Ont peut y voir l'universalité de la classe ouvrière
qui tente de s'organiser."
Source : "WCPI Media Center" Traduction : Nicolas Phébus
Contact :
UUI, Case postale 325
CH-3000 Bern 11,
Tél :0041 78 882 55 89
Email:mailto:asojabbar@yahoo.com