

L'Union
des chômeurs et son rôle dans
le
façonnement du paysage politique en Iraq
Par Issam Shukkri 30.January 2004
(Membre
du comité central du Parti communiste ouvrier d'Irak, Issam
Shukkri est coordinateur des relations internationales de l'Union
des chômeurs en Iraq et membre de la délégation
de négociations avec les américains)
L'Union des chômeurs en Iraq est une organisation revendicatives
pour les travailleurs au chômage en Irak. Elle a été
créée par un groupes de travailleurs et de militants
politiques, peu après la chute du régime de Saddam face
aux américains, le 1er mai 2003, par une groupes de vingt chômeurs
révolutionnaires réunis dans un immeuble occupé,
appartenant à l'infâme et disparue " Fédération
générale des syndicats en Irak ", d'obédience
Baathiste. Ils ont élu démocratiquement leur comité
de direction, qui à son tour à élu Qasim Hadi
comme président. Le comité a immédiatement mis
en avant les revendications des chômeurs et ses principes essentiels.
Depuis cette date, l'UUI a pris part à une série de
lutte en faveur de millions de femmes et d'hommes sans emploi en Irak,
qui se trouvent au milieu d'un chaos horrible et sans précédent
causé par la machine de guerre US. Sa revendication principale
est " du boulot ou des allocations chômage pour tous ".
A travers ces luttes, l'UUI a montré qu'elle était un
exemple de la société civile irakienne, progressiste,
civilisée, disciplinée, mais militante et combative.
Après des années écrasantes de sanctions économiques
américaines, de longues et douloureuses années de tyrannie
Baathiste, de bombardements américaines, tous les moyens de
lutte, et même de survie, semblaient s'être évanouis.
L'UUI a été la réponse essentielle à la
nouvelle exploitation bourgeoise et nationaliste de la classe ouvrière
en Irak, appuyée sur les forces d'occupation américaines
et britanniques. Ces luttes de l'UII se sont centrées sur la
revendication de l'allocation chômage pour tous les travailleurs
en Irak, mais pas uniquement. Durant la première série
de manifestations, organisée par un nombre croissant de membres,
l'Union a demandé du boulot et de meilleures conditions de
vie pour les travailleurs. Ensuite, les revendications ont été
plus précises, plus focalisées. Cent dollars est apparu
comme la compensation mensuelle minimum pour les chômeurs dans
tout l'Irak. Le contrôle de l'union sur la question du chômage
a également été mise en avant, face à
l'autorité US (CPA : Autorité provinciale de la coalition).
L'UUI a également lancé treize manifestations à
Bagdad, et sept dans d'autres gouvernements de l'Irak. Elle a organisé
des sit-in à Bagdad, Kirkuk et Nasiriyah, le premier ayant
duré 45 jours. L'UUI a également pris part à
trois tables de négociations avec le CPA (administration civile
US) et à treize interviews avec elle. Elle a finalement décidé
de se retirer des négociations quand elle a atteint la conviction
sérieuse que le camp américain n'avait aucune intention
sérieuse d'accepter les revendications de l'UUI. Après
une pression continue, le ministère du travail a demander à
travailler avec l'Union pour parvenir à trouver une solution
mutuelle à la crise.
Mais l'UUI, cependant, ne se considère pas comme une organisation
simplement menée par l'économie. Elle a joué
un rôle important dans le façonnement de la sphère
politique irakienne par ses interventions continues dans les événements
politiques et son analyse de la situation, basée sur une plate-forme
progressiste pour les travailleurs. Elle joue également un
rôle pour stopper le glissement de la société
civile irakienne dans le tribalisme et le fanatisme religieux soutenu
par les occupants. Rapidement après ses premières manifestations,
le peuple irakien a commencé, directement ou indirectement,
à parler de l'Union et de sa " juste " cause. L'Union
est une force sociale radicale et égalitaire, qui s'oppose
non seulement à la domination US et à son gouvernement
fantoche, mais aussi au " scénario sombre " concocté
par les Islamistes et autres pourritures fascistes et nationalistes
en Irak.
Les médias nationaux et internationaux ont remarqué
l'Union et ont fait de longs rapports sur ses luttes, avec beaucoup
de sympathie. Ils ont commencé à parler de la pauvreté
et du pillage des ressources par les américains et leurs alliés
, plutôt que de leurs cérémonies religieuses sanglantes
; de la misère des ouvriers irakiens plutôt que des divisions
entre sunnites et shi'ites ; de l'émergence de forces radicales
et laïques en Irak, plutôt que la montée de la haine
ethnique et du fascistes nourries par l'Union patriotique du Kurdistan,
le " Front national Turkmène " et le groupe "
Muktada al'sadr ", ancêtre du Baath.
Des journalistes, hommes et femmes du monde entier, ont rejoint l'UUI
dans ses luttes ; ils se sont assis avec elle sur l'asphalte brûlant
des rues de Bagdad, déshydratés, avec les baïonnettes
et les fusils des soldats US pointés sur leurs poitrines ;
ils ont qualifiés les chômeurs unionistes de héros
et de sauveurs de l'Irak.
Les organisations mondiales ont fait montre de leur sympathie et envoyé
des délégués rejoindre ces luttes. Des centaines
d'articles et de lettres de soutien ont été écrite
en défense des travailleurs d'Irak, de partout dans le monde.
Le conseil de gouvernement, après des semaines de négligence,
a été obligé d'admettre qu'il y avait un grave
problème de chômage et a commencé à se
gratter frénétiquement la tête pour résoudre
la question. Du moins c'est ce qu'ils prétendaient, sous la
pression des travailleurs. La scène irakienne toute entière
à changé dramatiquement.
Aujourd'hui, l'UUI s'est agrandie jusqu'à atteindre environ
250 000 membres inscrits à travers l'Irak. Avec un taux de
chômage de 70 %, le rôle de l'UUI semble plus crucial
qu'il ne l'a jamais été. Récemment, des dizaines
de mouvements de protestation ont été lancés
à Badgad et dans d'autres cités irakiennes. Des dizaines
de personnes ont été tuées par balle, aussi bien
par les forces occupantes que par les islamistes et la police irakienne.
L'UUI doit mener ces mouvements et les amener à obtenir leurs
revendications. Si elle ne bloque pas les routees de Bagdad avec des
milliers de personnes ; si elle n'empêche pas les plans réactionnaires
du conseil de gouvernement qui tente de transformer l'Irak en une
rampe de lancement pour le terrorisme islamiste contre les travailleurs
et les femmes ; si elle ne pousse pas les forces US a prendre réellement
en considération la volonté politique des Irakiens,
puis de quitter l'Irak ; alors l'Union aura laissé passer une
grande opportunité historique.
Sans un plan d'action solide, le business continuera comme d'habitude
pour la bourgeoisie réactionnaire, et la vie sera encore plus
misérable, plus insoutenable pour les masses qu'elle ne l'a
été. Avec le nouveau gouvernement " appointé
" qui est supposé être mise en place en juin 2004,
l'Irak est poussée au bord de l'abysse par les USA et ses alliés
islamistes et ethnocentristes. L'UUI doit jouer son rôle en
replaçant le peuple dans le champ politique, avec le parti
politique des travailleurs, le Parti communiste ouvrier. le spectre
du " scénario sombre " préparé par
les USA et leurs alliés locaux, va continuer à écraser
la vie de millions d'irakiens pour une période de temps inconnue.
Attaquons le " scénario sombre ", luttons pour la
prospérité, la liberté et l'égalité
pour toutes les personnes privées de droits en Irak.
UUI, Case postale 325
CH-3000 Bern 11,
Tél :0041 78 882 55 89
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