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La constitution provisoire irakienne, une entrave
 pour la société irakienne

Par Moayad Ahmad , Mars 2004

Suite à de longues négociations et querelles, la constitution provisoire irakienne a finalement été signée. Un bref examen de cette constitution montre que l’islam est intégré à l’Etat en tant que religion officielle. L’Etat devra considéré l’islam comme une source majeure de la loi, et ainsi, grâce à cette constitution, l’Etat devient une gigantesque machine aux mains des islamistes qui servira à opprimer la liberté de critiquer et de lutter contre les idées réactionnaires et les superstitions. C’est une constitution qui légalise les attaques contre la laïcité, le socialisme et les mouvements de libération. Elle oppresse les femmes, et leur promet une nouvelle tragédie. C’est aussi une attaque contre la classe ouvrière, contre les défenseurs de la liberté et de l’égalité des populations et des genres au sein de la société. Cette constitution fait des masses irakiennes les victimes des accords passés, d’une part, entre les groupes islamistes et ethnocentriques et d’autre part avec les Etats-Unis.

La constitution provisoire, sous sa forme actuelle, sera une obstruction à la possibilité d’établir un gouvernement laïc et civil complètement indépendant de la religion, ce qui est une condition préalable à l’établissement, sous quelque forme qu’elle soit, de l’égalité et de la liberté au sein de la société. Elle sera une obstruction à la possibilité d’établir un climat qui aiderait les irakiens à développer leurs capacités intellectuelles et critiques d’être humains leur permettant de jouir de la vie contemporaine. Cette constitution vise à légaliser prochainement l’établissement d’un pouvoir islamique, une dictature islamique comme celle en Iran, où les masses en paient encore le prix.

En outre, cette constitution souligne l’identité nationale des masses et leurs divisions sur la base de leurs appartenances ethniques, et donc elle les prive de leur identité humaniste et de citoyens égaux. Elle devance leur capacité à organiser leur vie sociale sur des bases laïques et civiles, sur les bases d’un régime politique non ethnique. En plus, de rattacher l’ethnocentrisme au régime politique irakien, en formant un gouvernement fédéral basé sur l’appartenance ethnique, la constitution fournit une part du pouvoir politique aux nationalistes kurdes, et notamment aux deux principaux partis : l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) et le Parti Démocratique du Kurdistan (PDK), et cela aux dépens des masses au Kurdistan irakien. Ce faisant, elle supprime les aspirations civiles des masses en Irak visant à établir leur propre régime politique loin des divisions ethniques.

La constitution provisoire engendre des sentiments nationalistes au sein de la population en leur attribuant le nationalisme arabe et en les considérant comme une partie de la "mère patrie arabe" En identifiant la société irakienne comme étant basée sur l’ethnicité et la religion, piétinant ainsi toutes les valeurs civiles et humanistes des masses en Irak, cette constitution se sépare à peine du legs laissé par le régime fasciste du Baath.

Par ailleurs, elle annonce sa totale opposition envers les femmes en dépit des espoirs et illusions suscités par la représentation des femmes au futur parlement, et mine la liberté des femmes et leur égalité avec les hommes. Il n’y a aucune clause dans la constitution, qui ne fasse mention de la liberté des femmes et de l’égalité entre les hommes et les femmes. Même dans les articles qui traitent des droits civiques et des libertés, la constitution ne garantit pas la totalité de ces droits et libertés sans conditions. En ce sens, elle prive la société irakienne de l’opportunité de se libérer de la crainte de l’oppression et de l’horreur, car elle n’interdit pas clairement la peine de mort.

Nous ne pouvons pas parler de la liberté, de l’humanisme et des normes et valeurs progressistes dans la société irakienne, sans en finir avec la domination de l’éthique et des traditions inhumaines de l’islam politique, des nationalismes arabes, kurdes et autres, qui sont au sein des arènes politiques et légales de la société irakienne. Les Baathistes, comme les nationalistes fascistes arabes ont détruit la vie civile dans la société irakienne et ont réussi à contrôler les masses en les supprimant, aussi bien qu’en disséminant et en renforçant les traditions et valeurs inhumaines et réactionnaires des mouvements nationalismes arabes ainsi que leurs croyances et superstitions.

Aujourd’hui, les mêmes groupes islamistes et ethnocentriques installés au Conseil de gouvernement sont engagés dans la destruction en profondeur des fondations de la société irakienne à travers leur agenda islamique et nationaliste et leurs pratiques oppressives, imposant leurs ordres du jour, leurs pratiques et conflits à la constitution du pays. La constitution provisoire irakienne est une loi qui gère les conflits entre ces groupes et leurs associés au pouvoir. La nouvelle constitution matérialise les divisions sectaires, religieuses, ethniques au sein de la société irakienne. Elle ne représente aucune avancée dans le cours du progrès social et de l’émancipation de la société contre les tragédies du sectarisme, les divisions ethniques et religieuses et contre le danger d’une guerre ethnique et religieuse, dont le sol est malheureusement pavé jour après jour.

Si il y a un pays qui a besoin d’une constitution égalitariste et libératrice pour éloigner le danger d’une catastrophe humaine majeure, ce pays est l’Irak. Si il y a quelque part une nécessité extrême pour qu’une constitution civile et humaniste aide à assurer la sécurité et la liberté pour les masses et élimine le danger d’un effondrement social total, cet endroit est l’Irak d’aujourd’hui. L’Irak est au bord d’une guerre ethnique et religieuse à grande échelle ; et la constitution provisoire, telle qu’elle est aujourd’hui, justifie cette réalité. Avec cette constitution, les femmes peuvent être marginalisées, opprimées et même massacrées. Avec cette constitution, les identités et divisions religieuses et ethniques demeurent la base de la société irakienne. La construction de la société civile n’est pas possible si les masses demeurent silencieuses devant l’imposition de cette constitution réactionnaire qui est antagoniste à leurs aspirations d’humanisme, d’égalité et de liberté.

 


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