Des
syndicalistes résistent
(3
décembre 2004)- Imprimer
À l’occasion de son passage à Paris, Amjad Al Jawhari, représentant la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak
(FWCUI), a accordé un entretien à « Rouge »
Après dix-huit mois d’occupation, l’Irak semble en proie au chaos...
Amjad Al Jawhari - Près de 70% de la
population irakienne est au
chômage ;
l’économie a été quasiment achevée par l’occupation et les violences en cours. Les services sociaux ont disparu et
il n’y a plus aucune protection, plus de loi,
plus de sécurité. C’est la population qui en paie le prix. Avec d’un côté,
les crimes monstrueux des forces d’occupation,
comme on a pu
le voire à Falluja et dans de nombreuses villes et, de l’autre, ceux de l’islam politique, que ce soit
son aile chiite ou sunnite, qui foit tout pour allumer une guerre ethnique. Nous sommes face à une « miliciarisation »
de l’Irak avec, en outre, cette prétendue résistance qui tue des dizaines
de fois plus de civils que de soldats américains. Les femmes sont systématiquement prises à partie par ces groupes dont le projet est
de ramener l’Irak à l’âge de pierre.
La population est écœurée par l’occupation et par
les milices de diverses obédiences qui pallient à l’hostilité croissante
des Irakiens à leur égard par un renforcement de la terreur et de
la domination par les armes.
Y a-t-il des résistances sociales ?
A. Al Jawhari - Bien sûr, elles ont
démarré dès la chute du régime. Avec des luttes pour expulser l’ancien encadrement baasiste, recyclé par les forces d’occupation.
De nombreuses luttes ont également eu
lieu dans les secteurs de l’électricité ou des industries mécaniques, visant à l’amélioration des conditions
de travail et des salaires,
vu que plus aucune règle sociale n’est
appliquée. D’un autre côté, des travailleurs ont organisé des groupes d’autodéfense armés pour expulser les gangs de Moqtada Al Sadr, se servant de leurs lieux de travail comme base de leurs actions, à Nassyria par exemple. Nous avons renouvelé
cette expérience avec succès dans deux
quartiers de
Peux-tu nous présenter votre organisation ?
A. Al Jawhari - La Fédération
des conseils ouvriers et syndicats d’Irak a été fondée en décembre
2003. Elle fédère
des syndicats et des conseils ouvriers sur la base de l’autoorganisation.
Nous nous appuyons sur quelque
500 délégués élus par leurs syndicats et conseils, implantés
dans nombre de secteurs professionnels. Nous sommes bien
implantés dans le Sud du pays, où
nous
Justement, quelle alternative construire face à l’occupation et aux milices ?
A. Al Jawhari - Notre objectif est de regrouper
les travailleurs pour défendre
leurs droits, quelle que soit
leur origine religieuse et ethnique. Nous voulons construire
et réaliser leur unité en nous
inscrivons, aux côtés de nos camardes luttant
pour la liberté des femmes notamment,
dans une perspective plus globale,
Propos recueillis par Madjid Picat - Publié dans Rouge.