Giuliana Sgrena : Surprises irakiennes. Le nouveau syndicat... est l’ancien
(8
mars 2005)-
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Surprises irakiennes. Le nouveau
syndicat est ... l’ancien.
GIULIANA SGRENA
« Cent dollars
d’allocation de chômage maintenant ». C’est la revendication
avancée ces derniers jours par l’Union des chômeurs irakiens (UUI) au nouveau
gouvernement par intérim à la veille de la « passation des
pouvoirs », bien que l’organisation n’ait pas d’illusion sur la nouvelle
équipe gouvernementale. L’inscription apparaît sur une banderole qui occupe une
paroi de la pièce, au deuxième étage d’un immeuble délabré dans la rue Rachid,
au centre historique de Bagdad, où nous rencontrons Qasam Hadi, secrétaire
général de l’UUI, qui compte 350.000 adhérents et Falah Al Wan, président de la
Fédération des conseils des travailleurs et des syndicats en Irak (FWCUI),
hébergés par le Parti communiste des travailleurs irakiens. Sans électricité,
les ventilateurs ne fonctionnent pas et les fenêtres
ouvertes sur le
Le représentant des chômeurs, tout en avançant
la demande d’allocation au nouveau gouvernement ne se fait pas d’illusion sur
l’après 1er juillet. « Tout ce qui est arrivé
après le 9 avril a été décidé dans le dos du peuple, et maintenant nous pensons
que tout va continuer comme avant. », dit Qasam Hadi. « Peut-être que
les structures formelles vont changer, mais pas celles de la société civile,
détruites par la guerre », reprend Falah Al Wan, qui soulève un autre problème, au nom de son syndicat devenu
« illégal ». En effet, le Conseil gouvernemental a légitimé un seul
syndicat, le 28 janvier dernier, la Fédération irakienne des syndicats des
travailleurs (Iftu), décision considérée par le leader syndical comme la
reproduction des méthodes du régime de Saddam Hussein :
« résultat d’un accord qui n’a eu lieu qu’entre le gouvernement et les
partis représentés dans le gouvernement, sans que les instances soient
élues. ». Le Fwcui a présenté à ce motif une
dénonciation à l’Organisation internationale du travail, qui devrait se
prononcer en novembre. La principale accusation du syndicat
« illégal » concerne donc l’absence de démocratie qui touche
directement cette fédération. « Les travailleurs, suivant l’habitude prise
à l’époque de S. Hussein, préfèrent un syndicat lié au gouvernement parce
qu’ils pensent qu’ils pourront en tirer de meilleurs avantages
, donc nous avons plus de mal à augmenter le nombre des adhérents , dont
la plus grande partie (16.000) sont des travailleurs du secteur du pétrole dans
le nord, dans la zone de Kirkuk », nous dit Falah Al Wan.
Et de fait le nombre
des adhérents des deux syndicats, s’y l’on s’en tient aux déclarations des
intéressés, ne sont pas comparables. L’Iftu déclare avoir entre 800.000 et un million d’adhérents (environ 80 % des travailleurs)
contre quelques dizaines de milliers de la Fwcui. En ce
qui concerne les élections des organismes dirigeants, les congrès de catégorie
sont en cours et la direction de la fédération ne sera élue qu’à la fin (qui
avant avait été nommée). Ce sont ces chiffres qui corroborent
la décision du gouvernement, selon les représentants de l’Iftu.
« ce sont les travailleurs qui nous légitiment », soutient Hadi Ali,
premier vice président de la Fédération, qui a son bureau au siège de l’autre
Parti communiste irakien. Ce sont donc les partis de la
gauche qui se disputent la représentation des travailleurs. « Même
les syndicats européens ont reconnu que notre fédération est la plus représentative , c’est pour ça que le Conseil de
gouvernement nous a légitimé, mais nous ne voulons pas le monopole, nous ne
voulons pas être les seuls à défendre les droits des travailleurs ». Les problèmes de reconnaissance ne s’arrêtent pas là. Dans l’après-Sadam, la structure (syndicale, NDT) de l’ex- régime
revendique aussi la représentation des travailleurs irakiens aux autres
organisations. La Fédération internationale des travailleurs arabes dont
le siège est à Damas continue à reconnaître la Fédération générale des
syndicats, défaite en même temps que le régime de Sadam mais dont les
représentants, parmi lesquels son président Jamil Salman al Juburi
, se trouvent encore dans la capitale syrienne . Les disputes internes
du mouvement syndical ne renforcent pas les revendications des travailleurs.
Que la Iftu pense pouvoir traiter, après le 1er juillet avec le gouvernement
irakien et pas, comme ça a été le cas jusqu’à présent, avec les forces d’occupation : « Bremer avait promis 300.000
emplois mais il n’a rien fait », dit Hadi Ali. La Fédération des syndicats
compte aussi sur une participation au Conseil National (sorte de parlement
provisoire aux côtés du gouvernement par intérim jusqu’aux élections) avec 3/5
de membres, pour faire entendre la voix des travailleurs.
Si les positions des deux syndicats sont
divisées sur l’estimation du gouvernement, elles sont moins distantes sur
d’autres points. Avant tout sur la nécessité de sécurité pour affronter les
problèmes les plus urgents, comme celui du travail, car, par exemple,
« plus aucune usine ne fonctionne au plein de sa capacité :
on arrive tout au plus à 30-40 % même à
L’impossibilité pour les usines de travailler
à plein rendement est due au fait
que les technologies sont obsolètes, du fait aussi de l’embargo ;
les infrastructures détruites
par la guerre et les investissements
font défaut parce que les problèmes
de sécurité présentent des risques trop élevés.
Problèmes, ces derniers, qui ne seront résolus
qu’en étant confiés aux irakiens,
selon le leader de l’Iftu, pour qui la plus grande erreur de l’administrateur américain Bremer
a été celui de ne pas laisser les irakiens contrôler la sécurité. Avec quels moyens, par la loi martiale redoutée par le ministre de la justice ? Falah al Wan est absolument opposé à cette hypothèse : « L’imposition de la loi martiale représenterait la faillite des forces d’occupation
et du gouvernement irakien en faisant la démonstration qu’ils ne sont pas en mesure de contrôler la
situation ». Et Qasam Hadi ajoute :
« pour arrêter la violence, il faut mettre fin à l’occupation. La loi
martiale limiterait les droits individuels de toute la communauté, même ceux
des travailleurs ». Mais pour Hadi Salah, secrétaire international de la
Iftu, « la situation est difficile en Irak, les terroristes exploitent la
situation de chaos et attaquent partout. Et puis on exagère à
propos de la loi martiale, il ne s’agirait que d’une loi de secours, d’un
couvre-feu, dans certaines zones ». Elle doit de toute façon être
évitée, pour Hadi Ali, « parce qu’il s’agit d’une
arme à double tranchant ». Qui se retournerait contre les travailleurs
déjà soumis à des menaces et arrestations, selon Falah
al Wan.
il manifesto ,
édition de dimanche 27 juin 2004,
http://www.ilmanifesto.it/quotidiano-archivio/27-giugno-2004/art70.html
Traduit
de l’italien par marie-ange
patrizio