Discours de Dashty Jamal à Paris, le 18 mai 2005
Je voudrais, au nom de la Fédération
des conseils ouvriers et syndicats en Irak, remercier Solidarité Irak de
m’avoir invité en France pour parler de la situation politique et du mouvement
ouvrier en Irak.
La guerre et l’occupation menée par
les USA ont soumis la société irakienne à une situation complexe, dont résulte
la désintégration de toute la société civile, de tous les services publics, de
toutes les infrastructures économiques. Tout cela a volé en éclats. C’est un
sombre scénario qui est en train de s’abattre sur l’Irak.
La
société toute entière est placée face à la faim et au chômage. La population
irakienne est privée des besoins les plus élémentaires, comme la sécurité,
l’emploi, la médecine, une administration laïque capable de protéger la vie et
les droits du peuple. La population est en grave danger face aux actions liées
à l’Islam politique, aux réactions militaires américaines, aux explosions, aux
conflits entre terroristes réactionnaires, à la militarisation des lieux de
travail et de vie des gens, aux enlèvements de journalistes et de travailleurs
étrangers, aux décapitations qui sont l’un des gestes les plus cruels de
l’histoire de l’humanité. Toutes ces choses viennent de l’occupation
américaine, et du conflit terroriste qui oppose les USA à l’Islam politique, ce
qui constitue un phénomène nouveau dans l’histoire contemporaine.
J’étais
en Irak récemment et j’ai vu ce que l’occupation signifiait dans la vie de tous
les jours de la population. J’ai vu la présence des forces d’occupation, avec
leurs grands convois armés prêts à tirer sur n’importe qui à n’importe quel
moment. Il n’y a aucun état qui pourrait ne serait-ce que procurer les
sécurités les plus élémentaires à la population, les services les plus simples.
A Bagdad, il n’y a que cinq heures d’électricité par jour.
Le
soi-disant parlement irakien est un épouvantail, traversée de conflits et
dénuée de toute capacité à améliorer la vie des gens. La société a été laissée
seule, abandonnée, et les terroristes islamiques utilisent le prétexte de
l’occupation pour décapiter, tuer et enlever des gens, pour imposer le voile
aux femmes, pour les priver des droits les plus élémentaires.
Le peuple
irakien en a assez de l’occupation et de la soi-disant « résistance »
islamique. Ils décapitent des femmes et des enfants, jettent les corps dans les
fleuves de Bagdad. A longueur de journée se succèdent les explosions et les
attentats suicides. Mais dans ce chaos terroriste, des travailleurs et des
femmes d’Irak s’organisent et se mobilisent pour combattre pour leurs droits et
dessiner l’avenir politique de l’Irak.
En mai
2003, juste après la chute du régime de Saddam Hussein et le début de
l’occupation, le Syndicat des chômeurs a été créé, pour défendre les droits des
innombrables hommes et femmes qui ont perdu leur emploi en raison de la guerre
et de l’occupation. Le Syndicat des
chômeurs a organisé, en août 2003, un sit-in de 45 jours en face des autorités
d’occupation pour demander du boulot ou une allocation chômage. Notre syndicat
a réussi a faire créer des emplois pour les chômeurs et chômeuses, et à
organiser des manifestations dans de nombreuses villes.
Ensuite,
l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak a été fondée en juin 2003
pour défendre les droits et les libertés des femmes qui étaient victimes à la
fois des USA et de l’Islam politique. Cette organisation a organisé de
nombreuses manifestations, conférences et séminaires pour soulever les
questions des femmes et combattre l’occupation aussi bien que les islamistes.
En mai
2003, de nombreux comités préparatoires pour la création de conseils ouvriers
se sont mis en place à travers l’Irak, pour les travailleurs et travailleuses
qui ont encore du travail dans les usines qui ont survécu à la guerre. Puis, au
début de décembre 2003, la première conférence ouvrière a eu lieu à Bagdad pour
créer la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak (Fcosi). Notre
fédération a été active et a gagné beaucoup d’influence depuis, avec la
création de branches à Bagdad, Nassiriyah, Bassora, Kut, Miqdadiyah, Kirkuk,
etc.
De
nombreux syndicats ouvriers nous ont rejoint et continuent de nous rejoindre,
en raison de nos positions progressistes et sans compromis pour défendre les
droits des travailleurs et des travailleuses. Nous avons organisé de nombreuses
grèves sur les lieux de travail, notamment à la centrale électrique de
Nassiriyah, à Basra, à Kut et à Bagdad.
La Fcosi
a également organisé en place deux grandes conférences à Bassora et à Bagdad.
J’étais à la seconde, qui s’est tenue très récemment, le 8 avril 2005, en
présence de plus de 200 délégués et délégués. Le thème de la conférence
était : « le pouvoir de la classe ouvrière est dans son unité et son
organisation ».
Dans cette
conférence, les femmes ont eu une présence importante. Au nombre des questions
discutées, le rôle de la classe ouvrière dans l’avenir de la société, la mise
en place d’un code du travail moderne, le rôle actif des travailleuses dans
notre fédération, ainsi que l’élection d’un nouveau comité exécutif dans lequel
des femmes participent. Ces initiatives des travailleurs et des travailleuses
sont très importantes dans notre lutte.
C’est
aussi pourquoi le Congrès des libertés en Irak (IFC) a été créé par des
travailleurs et des travailleuses, pour mettre fin à l’occupation, rétablir la
société civile et en finir avec le sombre règne de l’Islam politique.
Le Congrès des libertés en Irak
(IFC) est une organisation large, dédiée à la mise en place d’un régime libre,
laïque et non-ethnique en Irak, fondé sur la souveraineté directe du peuple, et
capable de garantir son droit à choisir librement et consciemment le système de
gouvernance en Irak. L’IFC est indépendant, démocratique, non-religieux et
non-ethnique.
La réalité, c’est qu’en Irak, les
travailleurs-es et les femmes sont maintenant à les seuls capables de défaire
l’hégémonie US et de mettre fin au pouvoir des islamistes. Nous voulons notre
propre alternative laïque et progressiste pour sauver la société du chaos et de
la destruction.
Aujourd’hui plus que jamais, la
solidarité internationale est nécessaire pour renforcer nos rangs et le pouvoir
de la classe ouvrière en Irak. La population irakienne vit un véritable
cauchemar. Renforcer votre lutte pour mettre la pression sur les USA pour
mettre fin à l’occupation est une nécessité pour mettre fin à cette situation
catastrophique et éradiquer l’Islam politique.
Le mouvement ouvrier attend votre
soutien. Je vous appelle à soutenir la Fédération des conseils ouvriers et
syndicats, l’Organisation pour la liberté des femmes et le Congrès des libertés
en Irak (IFC) autant qu’il est possible.
Dashty Jamal (d.jamal@ntlworld.com)
Po Box 1575, Ilford IG1 3BZ, London UK
Tel : 00 44 077 347 047 42
Fédération des conseils ouvriers et syndicats en Irak (www.uuiraq.org)
FWCUI, Bab Al-Sharki, Al Rasheed
St, Old Labor Union Bldg, Baghdad, Iraq
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